Torso da Livourno : comment les neutrons ont aidé à donner une seconde vie à la statue tout en dévoilant certains de ses mystères
01 Sep 2026Le célèbre Torso da Livourno est de nouveau exposé au Musée archéologique national de Florence, après un long et complexe travail de restauration et de recherche qui l'a conduit à l'ILL.
Le torse
Le Torse de Livourne est l'un des « grands bronzes » des collections médicéennes. On sait qu'il faisait déjà partie des collections à l'époque de Cosme I (1537-1574), et il est représenté dans de célèbres tableaux des Gallerie degli Uffizi. Pourtant, les origines et l'histoire de cette remarquable statue demeurent enveloppées de mystère : s'agit-il d'un original grec ou d'une copie romaine ? A-t-elle réellement été retrouvée au fond de la mer au large de Livourne, ou a-t-elle toujours appartenu aux collections grand-ducales ? Et quelle fut la technique de fabrication véritable d'une œuvre anatomique et artistique aussi raffinée ?
Une ambitieuse entreprise alliant conservation et recherche scientifique, lancée en 2024, a représenté une occasion unique de mener une vaste campagne d'analyses fondée sur des méthodologies avancées – capables d'accompagner le processus de restauration tout en cherchant à éclaircir certaines de ces questions restées ouvertes. Cette intervention a permis de restaurer la stabilité de l'œuvre, tout en augmentant sa lisibilité – en aidant à approfondir notre connaissance de son histoire, de ses matériaux et de sa technique d'exécution.
Comme d'autres bronzes des collections médicéennes, le Torse était recouvert d'épaisses couches sombres de surface, connues sous le nom de « patines lorraines », habituellement appliquées pour donner un aspect plus uniforme ou dissimuler des réparations ou des décolorations. Leur élimination s'est avérée nécessaire pour traiter la corrosion qui affectait le métal. Cette intervention a révélé les variations de couleur de la surface métallique et a permis d'identifier avec précision aussi bien les résidus marins que des détails livrant des informations sur la structure et la fabrication.
L'une des conclusions qui se dégage avec certitude de ces études est le long séjour passé au fond de la mer, un facteur qui a profondément marqué l'histoire de l'œuvre. Le processus de restauration, la datation et l'origine du bronze seront au cœur d'un colloque d'une journée le 17 septembre à Florence. Après avoir passé l'été au Musée archéologique national de Florence, le Torse rejoindra la grande exposition « Broken. Il potere del frammento » au Palazzo Strozzi, du 25 septembre 2026 au 24 janvier 2027. Par la suite, la sculpture reviendra chez elle, au Musée, pour retrouver sa place d'honneur dans l'exposition permanente de la collection.
L'équipe du projet à l'instrument NeXT de l'ILL. De gauche à droite : Alessandro Tengatini, Francesco Grazzi, Anna Fedrigo, Giulia Basilissi, Francesco Cantini et Nicola Salvioli.
Le rôle des neutrons
En juin 2024, la sculpture s'est rendue à l'ILL pour y subir une imagerie neutronique. Les neutrons permettent d'explorer des matériaux aussi précieux et denses de manière totalement non invasive, en fournissant une imagerie haute résolution du Torse. C'était la première fois que l'imagerie neutronique était appliquée à une statue en bronze de dimension monumentale. En effet, l'imagerie neutronique est la seule technique capable de fournir une cartographie morphologique et microstructurale extrêmement précise de l'ensemble de la statue, sans aucun risque de l'endommager.
Grâce à son flux neutronique élevé et à son excellente résolution, l'instrument NeXT est idéal pour identifier les caractéristiques métallurgiques par imagerie neutronique. Les dimensions de l'échantillon représentaient un véritable défi. Afin de couvrir l'intégralité du volume, la statue a été placée dans deux positions différentes. L'équipe a utilisé le champ de vision maximal (170 × 170 mm FOV) compatible avec la résolution requise pour identifier les caractéristiques de coulée (60 μm). Plusieurs radiographies ont été prises puis « assemblées » entre elles.
En tant que seule technique capable de cartographier l'état de conservation de l'ensemble de l'œuvre de manière totalement non invasive, l'imagerie neutronique a fourni des informations essentielles pour le processus de restauration, permettant de décrire en détail des caractéristiques telles que la porosité et la densité du métal, la présence d'entretoises internes (chaplets), les fractures, les pièces de réparation de coulée, etc. Ces informations sont également d'une grande importance pour comprendre les techniques de fabrication, qui permettent à leur tour de mieux cerner l'origine et l'âge de l'œuvre.
Ce projet de conservation et d'analyse est le fruit du travail d'une vaste équipe véritablement pluridisciplinaire. Cette réussite a été rendue possible grâce au soutien de Friends of Florence, au travail du restaurateur Nicola Salvioli, ainsi qu'à la collaboration de nombreux chercheurs, universitaires et techniciens qui ont participé à cet extraordinaire parcours de découverte et de conservation. Les expériences neutroniques ont été menées à l'ILL par Francesco Grazzi et Francesco Cantini, de l'Institut de physique appliquée « Nello Carrara » (CNR), en collaboration avec les scientifiques de l'ILL Anna Fedrigo et Alessandro Tengattini. Giulia Basilissi, du Musée archéologique de Florence, à qui a été confiée la direction technique et scientifique de l'intervention, a suivi de près le Torse et les mesures effectuées durant le transport et le séjour à l'ILL.